lundi

Une voix


Le texte "Montagnes russes" lu par la poétesse Séverine CASTELANT.
Je n'aurais jamais imaginé que mes mots puissent inspirer tant de poésie...
Bouleversé, je suis.








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Merci pour les frissons

jeudi

Non-lieu



Il n'existe aucun endroit où je me sente entièrement à ma place. Mon propre lit n'est qu'un espace de terreur parmi d'autres, un lieu vaste et étranger où je me réveille en hurlant. Juste un point, à la fois fixe et fuyant, où la vie s'accroche à moi dans le bruit et la transpiration. J'ai parfois l'impression d'y être livré à moi même, en moi même. Comme un enfant oublié dans un système de poupées russes, où la dernière Matriochka s'ouvrirait invariablement sur le néant.

Je n'ai pas de mesures appropriées pour exprimer les distances qui m'ont toujours séparées de l'Autre. Et pourtant, aussi loin que mon regard puisse porter en arrière, je n'ai pas souvenir d'avoir consacré ma misérable existence à autre chose que combler cette infinie solitude.
J'ai retrouvé cette étrangeté, cette part seule de l'Homme, en chaque être que j'ai aimé, en chacun de ses silences involontaires, de ses gestes avortés, de ses regards, fuyants à l'exact opposé de sa propre misère. Alors, j'ai nommé Amour cet endroit de nous (peut-importe lequel) où juste les peaux se rencontraient ; cet endroit de contact entre deux êtres, deux espaces vides et immenses où le reste du temps, chutent un million de planètes.
Consolation dérisoire, ce sont des constellations, qui nous séparent...

Grâce à la nuit, j'ai fini par comprendre que mon impression de solitude n'était en fait que l'expression maladroite du vide dont je suis fait. Du vide dont nous sommes tous fait.
À cette lumière, j'accepte les premiers symptômes d'amour au même titre que ceux de la brûlure. Comme un infime bouleversement dans l'ordre parfait des molécules. Un accident de la vie. Un choc frontal avec Rien. 


 

mardi

L'envergure des étoiles



Revenir à l'enfance brute
La matière usée des choses que je suis
Et ne laisser qu'un sourire
Une évidence
Belle comme un galet

Je voudrais naître dans le bras plié d'une femme
Son regard tendre posé sur moi

Et je m'endormirais
Nourri
Allaité
Comme je le fus, du temps où les choses étaient immense
Du temps où les couleurs portaient un nom



dimanche

Les montagnes russes



Électrocardiogramme plat. Plus rien ne bat. Ce soir j'ai dessiné l'horizon sur un fond noir.
Plus rien ne bat, je t'embrasse du bout des lèvres.
Ma main est un peu gauche dans la tienne, un peu juste, et le vendeur de churros ne nous encule pas. J'ai fait une affaire. 12 pour le prix de 10...
Un peu plus haut, la grande roue roule sur un monde qui n'est pas le mien.
Moi je te roule des pelles. Des pelles qui creusent des tombes. Des seaux entiers de bave.
Et je te gagne des nounours, des Homer Simpson en peluche, des cœurs gros comme le poing.
Point.
L'amour est une drôle de façon de mourir.

Fous moi du rouge partout !
J'en sais rien moi... Mords-moi jusqu'au sang !
Dessine des montagnes avant que la peau ne se ride. Des montagnes rouges, des gouffres rouges, barbouille ma gueule de ce qu'il nous reste.
Crache moi dessus et remonte ta jupe en face du parking, gifle-moi parce que je suis saoul, viens avec moi dans les coins sombres !
Je voudrais te baiser entre deux bagnoles.
Sentir le goût de la terre.
J'en veux sur la paume des mains,
Sur le front
Sur les genoux
Je voudrais parler de tout ça à la poussière.

Juste

À la poussière.



vendredi

Pont de Normandie

à M.


Le Havre, malade, s’accrochait encore un peu aux bras amples de la Seine.
C’était une ville de brumes, une expérience grise.
Sa gueule ouverte, éclaboussée des couleurs sales, toussait des bouts d’asphaltes.
Partout du béton, en pleine chute, s’écroulant en volutes sous un ciel titubant.
Le Havre... ou quand la lumière vomit.

Au bout des fumées, dans la rouillure opaque d’un nuage, comme un sourcil posé à l’œil des
marées, était un pont.
Un pont salvateur, un chemin second, planté, là, dans l’iris de Honfleur.
Et me voici, chétif, pendu à ses épaules gigantesques; étourdi par l’espace vertigineux me séparant
des vagues. En bas, l’océan gonfle et se rétracte, comme un muscle.
Et le vent... le vent puissant, qui bat les nuques, transperce les tissus pour ne toucher qu’un seul
nerf.
J’ai l’échine à vif, les pupilles renversées
Je me noie dans la hauteur.

Dans la masse presque hilare des raisons en partance, comme on fait le silence sous le cri d’un
homme fort, je me suis tu.
Bousculé par le roulis bruyant des pensées vagues, je laissais exploser ma petitesse; cette lâcheté
odorante que je porte comme un pagne, en mon torse.

« Ici, mes jours ont la teinte des premières couleurs de la nuit »

Sourire joli, la couleur du tabac dans le blanc des canines. La douleur s’habille de soi, petit manteau
de chair bleuie vautré dans le gris de Seine-Maritime.
Cela fait six mois maintenant que tu es morte.
Opération à cœur ouvert, la solitude est une maladie.
Et elle crie dans chaque souffle que ma peau est orpheline. La vie est faite de vide.
Mon corps en porte les stigmates, bien au-delà de quelques rides.

Bam-bam... Bam-bam...
Je sens ton pouls en décalé battre le glas dans mon aorte. Tout tremble, palpite jusque sous les
ongles;
J’ai un peu peur.
Papa m’a dit que tous les hommes avaient peur.

Frisson.

« Ici, mes jours ont la teinte des premières couleurs de la nuit »

Alors, j'ai rendu au vide
Sa part de petite chair



mardi

Message personnel



- Allo, Lee ?
- (Charabia)
- Putain... I don't understand...Fuck... J'comprends rien à c'que tu racontes ! Speek slowly, please.
It's Olivier, i'm lost.
- Where are you ??
- Heu... Ben... I'm lost...
- Sabaï Sabaï, Olivier. Long charabia
- Ok. J'ai rien pigé ! Sabaï sabaï, i take a walk, i take a beer and i phone you later. Kiss.


Et merde...


lundi

Sang de chien


Chorégraphie banale des corps saturés d'ombres
J'ai appris à me mettre à quatre pattes pour pleurer.

Il y a encore ton odeur sur mes fringues. Ta présence diffuse ; ton image en relents.
Il m'arrive parfois d'avoir le nez qui saigne. C'est ton parfum qui s'enfonce en moi, s'accroche à mes
narines comme des ongles trop longs
Des échardes barbouillées de verni.
Ton verni rouge.

Celui que rien ne distingue vraiment du sang de chien.


mercredi

Quelque chose à propos de Marie



Comme toujours de grands silences peuplaient la petite pièce où Marie attendait.
Elle attendait que quelqu’un mette un enfant dans son ventre.
Alors elle remplissait le vide et le temps qui passe, avec des cartons de souvenirs inventés et tout un
tas d’images, qu’elle devinait maintenant sans même fermer les yeux.
Elle rêvait d’une grossesse longue de plusieurs années, de la douleur de l’accouchement, de la
naissance d’un petit être

Elle rêvait de son visage dans la grimace du premier souffle

Son visage merveilleux

*

Marie portait des bijoux de cuivre. Des ronds de métal dont elle aimait l’odeur, la couleur et la
façon si particulière de dévorer la peau.
Elle se faisait belle pour des hommes presque morts
Des cannibales, des hommes comme moi.

Et bien-sûr, de ses amours ne naissait jamais rien. Que du vert-de-gris et des rêves oxydés,
de petites cicatrices colorées laissées sur son corps
poussant comme de fausses fleurs
dans les quelques gouttes de sueur abandonnées par les amants.

- « Je vous ai apporté des jonquilles »
Alors Marie donnait sa chair, et ils la prenaient.
Ils la prenaient comme on prend une brouette de terre meuble et piétinable.

Marie donnait sa chair.

Parce que la terre rêve d'une fleur.

*

Amsterdam dans mes bras et des marques à jamais. Les peaux ont l’odeur des tapins, le parfum de
mille hommes. Le musc et la pisse.
Tous les corps dansent entre tes hanches et moi je titube entre un mur et un canal.
J’y ai vu mon reflet allongé dans l’eau, mon visage croupi pendu au bout de mon sexe
Mon visage
Et derrière, dans le courant, la dérive des étoiles.

*

C’est avec le soleil aux tripes que les amoureux meurent. Ils meurent de choses simples
D’amour et de cancer du poumon.
Ils meurent sans rien dire, sur les balcons en toussant. Des fois ils ferment les yeux...
C’est peut-être parce que les étoiles ne savent pas rentrer toute la musique dans une seule phrase.
Mais c’est peut-être autre chose.
Des fois ils rêvent des fois ils crèvent. C’est tout.

*

Dans la chambre d’enfant déjà dévorée par les ombres, les figures assassines répandues sur les murs
ont la forme de ton visage
ont la couleur des gouffres.
Le noir y est profond comme un ventre de mère. Comme ton ventre.
Et tous les soirs l’enfant pleure, se forçant à revenir boire à la source sale de sa propre misère.
Et tous les soirs je meurs, comme meurent les pères
Terrassés
Agenouillés au pied du lit, avec dans les mains un verre d’eau et un mouchoir ridicule.
C’est une mort laide et humiliante, une mort d’impuissance, une mort d’entre deux larmes ;
Pourtant brillantes dans ses yeux.

Si un jour tu venais (et tu aurais raison, car c’est un spectacle à ne pas manquer)
Je t’apprendrai comment on ne colmate pas le vide avec du coton et un peu d’eau
combien l’amour peut être un sentiment proche de l’obstination.
Je t’apprendrai le bisou sur le front.
Et pour ça, juste pour ça

Je t’apprendrai à mourir en gardant les lèvres chaudes.

lundi

Chevrotine



Généalogie brûlée, les arbres se courbent. Certaines nuits, je pense à des arcs-en-ciel noirs.
Les regrets sont carnassiers, ils se nourrissent du néant. Des existences amputées
Et des douleurs fantômes qui habitent la gorge des hommes ratés.
Terre de cris
Mon larynx abrite le violon de tous les fils-de-pute.

Angora, le ciel de Toulouse caressait l'intérieur de mes veines.
De vastes étendues, engoncées dans les petits tubes, pulsaient une musique grise
Mélancolique, quand j'y pense...
j'avais vingt ans, sans doutes plus, le torse plein des sensations que l'on éprouve lors d'un accident
de voiture. Morsure ; avec le temps les parfums s'oxydent
Les souvenirs se défigurent et les hommes pauvres d'âme n'y traînent plus d'odeur. L'air qu'ils
déplacent
Semble tomber.

Cicatrice au tesson dans ces rêves où l'on pleure, la lumière orange des lampadaires marque la peau.
Il y a des nuits qui durent toujours.
Levé de lune sur ma vie, le béton défile, le dernier bus sent la sueur.
Crachat.
De l'amour pour les enfants de chiens ! À la chaîne sur les serviettes, la queue sale des hommes
massifs rentre le bruit et la syphilis dans le ventre des mamans.
Notre fils n'a pas de nom
Il est de ceux que l'on sifflent, de ces gosses fait par erreur dans la poussière des terrains vagues.
Amour bestial, perdu d'avance. Les corps-tampons enfantent des jouets. Des poupées à l'abandon,
un peu cassées, qu'on ne veut plus. Alors on part, je m'en souviens
Le soleil dans le dos
Le cœur comme un sac vide.

Des fois, je me demande s'il n'y aurait pas une place pour du plomb, dans ta tête.
12 mm, par exemple.
Tu ne mourrais qu'une fois.
D'autres, crèvent chaque jour parce qu'il leur manque ton amour, métal lourd dans la poitrine :
En partant, tu n'as laissée dans les miroirs qu'un petit corps seul et le souvenir d'une vieille gloire.

Si cette histoire avait une forme, je crois qu'elle ressemblerait à un bleu. Un hématome
Un dessin douloureux qui dans la chair porte un nom de couleur. ( ironique, non ? )

Impact sourd de l'os sur le visage d'un homme que l'on sait plus fort que soi.
Se rappeler l'adrénaline.
Parce qu'aujourd'hui plus rien n'existe que le gris du ciel, celui de la peau, partagée entre le ciment
et les grues. Structures dévastées. Toutes les teintes font mal. Et les bouts de bois plaqués aux
façades des immeubles neufs, n'y changent rien.
Toute une ville en construction, alors qu'un enfant pleure...Je crois que je ne te pardonnerai jamais.

Retour au nœud sous l'écorce, à l'essentiel : L'absence. Celle qui part le vide fait de nous des
hommes ; ou des chiens
La frontière est si mince...
Un soir, dans l'impasse qui porte ton nom, j'ai accepté le fait de n'être qu'un animal.
De n'engendrer à l'infini que d'autres animaux, tous pendus à ton sein
comme l’œil à la plus proche étoile.

Chevrotine.

On ne tue pas les étoiles
Elles sont déjà mortes.

dimanche

Premier jour en France


Ce matin ressemble à ces matins où l'on se réveille après un rêve rare. Un de ces rêves que l'on fait de temps en temps. Un de ceux où l'on vole.
Après, on a beau fermer les yeux pour y retourner, ça ne fonctionne plus. On est passé du ciel au ciment. On est tombé, voilà tout. Et ça, sans même avoir eu la chance de ressentir la chute... Ne serait-ce que pour comprendre, voire même accepter, ce qui était en train d'arriver.
Alors, ce matin je suis tombé. Voilà tout.

Mon passeport est posé sur la table, dans un coin, au bord du vide. Prêt a tomber, lui aussi. Je n'arrive pas à me résoudre à le ranger à nouveau dans un de ces putains de tiroirs où j'entrepose les factures, les pièces rouges et les porte-clefs en forme de tour Eiffel.
Après tout, je ferai peut-être mieux de le laisser là, au beau milieu de ma vie, en plein dans le bordel qui règne en dehors des tiroirs.
A portée de main, en France, c'est là qu'il me semble être le plus utile. On ne sait jamais, si un jour il me prend l'envie... Pour de bon, je veux dire...

Le truc marrant, c'est que durant tout ce temps loin d'ici, ce passeport était (et fut) ce que je DEVAIS considérer comme mon bien le plus précieux. Mon billet retour. L'assurance de pouvoir un jour rentrer « chez moi », bien rangé à ma place. Tout ceci m'arrache un sourire. En coin, lui aussi.
Au fond, ce passeport, j'aurais sans doute mieux fait de le perdre.