mardi

33 centimètres de cicatrices



33 centimètres de cicatrices, 1 centimètre par nuit
Sans toi la vie n’est pas très belle.
C’est ma peau qui s’ouvre, c’est mon corps qui bâille ; pourtant je n’ai pas sommeil.

J’ai perdu l’innocence et un bout de moi
Dans ton ventre
Comme on perd la foi
Et les ratures s’additionnent sur les livres sacrés, ravivant par le trait les blessures anciennes
Césarienne
Certaines douleurs ne s’effacent pas.

Alors, on attend, prostré, le front posé contre le mur
Que les aiguilles s’arrêtent, que l’horloge se taise.
Aujourd’hui
Je saurais te dire combien chaque seconde pèse.

Mais je ne parle plus, les mots sont futiles, ils ne marient dans ma bouche que la salive et la guerre,
le couteau et la chair
Et j’accouche dans le noir d’un enfant difficile
De l’union par le sang de tous les couples adultères.

Donne-moi de quoi haïr. Une caresse, un sourire...
Parle-moi encore
De toutes ces fleurs dont je me moque.




dimanche

Entre la pierre et l'algue



Marie !
...
Le jour s'effondre. Comme c'est triste d'ouvrir les yeux.
Il reste bien quelques lueurs, mais le fond de l'air est gris.

J'ai longtemps cru que les paysages ne s'offraient qu'à la solitude, que la couleur des jonquilles
n'était faite que pour deux yeux ; pas plus.
Dans le mélange des nuances, l'iris toujours tourné vers la lumière, j'avais presque oublié qu'un
frisson n'est pas un frisson
sans sa main posée dessus.
Mais Marie est partie...

J'imagine que le silence est une façon de dire adieu.



Là-bas, il y avait des murs et des hommes, de la pisse plein le béton.
Ça sentait l'asperge, la bière, l'odeur des reins.
Le port de Sète brûlait,
dans un bûcher d'étoiles factices.
Je me rappelle, nous regardions la mer rendre à ses petits hommes l'iode et la carcasse métallique
des bateaux. C'était une nuit de printemps, perdue dans les saisons froides
Et l'obscurité, dans ce qu'elle avait de plus magique, remplissait l'espace entre nos peaux.
Le noir était une distance idéale.

Le long du canal, les devantures croulaient sous les masses invisibles.
Des maisons orphelines à perte de vue, penchantes, titubant dans l'épilepsie des lampadaires.

Alors je t'ai embrassée pour la première fois.

C'était ici, quelque part, entre la pierre et l'algue.




samedi

Yourte-nature (Avec du sucre)









Il y eu ce moment particulier, à flanc de colline,
où rien d'autre n'était nécessaire qu'un trèfle entre les lèvres.

Un improbable insecte grimpait le long de ma jambe.
En tout autre instant, je lui aurais prêté de mauvaises intentions à mon égard.
Je lui aurais accordé ma propre nature...
Seulement là, je comprenais enfin que j'étais simplement sur sa route ; et rien de plus.
Je n'étais sans doute pas le chemin le plus court,
mais il n'en savait rien,
et je crois, d'ailleurs, qu'il s'en foutait royalement.

De très loin, dans le murmure des arbres,
comme une forêt en marche,
j'entendais le vent venir sur moi.

Un papillon vint caresser ma joue
Un nuage couvrit le soleil
Un oiseau m'ignorât.

Le vent aussi.

Je fus traversé. Je n'existais plus.

Je crois qu'en cet instant,
j'ai eu l'immense privilège de faire partie de la vie.