mardi

Je me dore - Alain Bashung





Écran total sur les pores de ma peau
Écran total sur nos remords
Que dire sinon s'enduire
De tous les crimes
J'ai vu le ciel tourner au violet
Et les filles se faire aimer
La mort dans l'âme
C'est la chaleur humaine
Désormais je me dore
À tes rires
Je me dore à tes nerfs
À la tyrannie du jour
Désormais je me dore
À tes rires
Je me dore à tes airs
À tous les luminaires
À l'endroit à l'envers
À la chaleur humaine
Mes amours je les ai sur le bout de la langue
Elles me reviennent à chaque frontière
Langues mortes
Langues de vipère
Langues familières
La fermer, se taire
L'ouvrir
Ça va sans dire
Désormais je me dore
À tes rires
Je me dore à tes nerfs
Désormais je me dore
À l'endroit à l'envers
À la chaleur humaine
Un missile a élu domicile
À l'hôtel de l'oiseau-lyre
Que dire de ces ouï-dire
C'est la chaleur humaine
Désormais je me dore
À tes rires
Je me dore à tes nerfs
À la poussière des météores
À la chaleur humaine
Désormais je me dore
À la crypte des monastères
Je me dore à l'ordinaire
À tombeau ouvert
À la chaleur humaine




 Alain Bashung, Jean Marie Fauque, Ludovic Bource

lundi

Thon-mayonnaise


En ouvrant la dernière boite de thon à la mayonnaise, il décida de s'accorder une tranche supplémentaire de plaisir en tapant aussi dans le paquet de pain-de-mie sans croute, histoire d'agrémenter le repas. La pièce était sans musique.
C'était pas un repas ultra glamour, c'est vrai, mais avec le pain ça devrait tenir jusqu'au soir, se dit-il. Le soir, là c'est pas pareil, y'a le petit qui rentre de l'école. Il faut que ça brille, que ça sourit, qu'il ait du bruit et de la vie, surtout. Alors le soir il épluche six pomme-de-terre parce que le sac en contient 18, il fait des petits tas de pelures sur la table pour remplir l'espace et quand il sent qu'il va chialer il pèle un oignon. C'est bien les oignons. Ça crépite dans la poêle.

La première bouchée de thon à la mayonnaise chimique était toujours un peu dégueulasse. Une boite en contient huit. Après, ça dépend des bouchées bien sûr. Mais à moins de six, tu vomis. C'est une loi de la nature.
En jetant la petite conserve vide dans la poubelle, qui, vu sa gueule, aurait elle-même sa place dans une poubelle plus grande, il se demanda à partir de quel moment on était en droit de considérer qu'une période de merde de la vie, était en fait une vie de merde tout entière ?